Chers amis,
Il y a des tas de raisons de perdre un championnat : la maladresse, la fatigue, la malchance, des carences techniques, une mauvaise ambiance dans l’équipe, etc. Mais peut-on imaginer qu’un club ne remporte pas un titre après lequel il court depuis 18 ans simplement parce que ses joueurs ne s’en donnent pas la peine ?
Cela paraît dingue, mais c’est pourtant ce qui risque d’arriver au PSG. Menant 1-0 face à Auxerre, le club de la capitale s’est permis de gâcher plusieurs occasions de creuser l’écart en voulant faire le show, à l’image d’un Nenê négociant son face-à-face de la 69e minute comme s’il était dans une cour de récré.
À la fin, forcément, Auxerre a fini par égaliser.
Il y a donc de quoi être colère. J’étais moi-même très énervé, dimanche soir. Alors, pour me changer les idées, je me suis plongé dans un de mes livres préférés, Les Fables de La Fontaine (allez savoir pourquoi, j’adore les histoires avec des animaux qui parlent). Et là, bizarrement, je me suis demandé si La Fontaine ne venait pas de mâter le match sur Canal lorsqu’il écrivit « Le Lièvre et la Tortue ».
Pour ceux qui ne l’auraient pas apprise par cœur en CE1, voici la fameuse fable :
Le Lièvre et la Tortue
Rien ne sert de frimer, si c’est pour prendre un point.
Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.
« Gageons, dit celle-ci, que vous n’obtiendrez point
La victoire au pays de Guy Roux le vieux sage.
– Mais looool quoi ! fit le lièvre enragé.
Ma commère, il vous faut purger
Tout le chablis de votre corps.
– Bourrée ou pas, je parie encore. »
Notre lièvre n’avait qu’un petit but à mettre
J’entends de ceux qu’il met lorsqu’à l’entraînement,
Les toiles d’araignée des lucarnes il déloge
Tout ça pour épater les meufs au Camp des Loges.
Mais ayant dans la vie d’autres priorités,
Dribbler, crocheter, en bref se la péter,
Au lieu de tuer le match, il laisse la Tortue
Aller son train d’Édouard Cissé.
Elle part, elle s’évertue ;
Enchaîne les frappes dévissées.
Lui, cependant, méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu’il y va de son honneur
D’attendre le dernier quart d’heure.
Il recule, il régresse,
Et gère son but d’avance comme on gère la Grèce.
À la fin quand il vit que l’autre avait marqué,
Il partit comme un trait, le visage paniqué.
Ses efforts furent vains : la Tortue tint le nul.
« Eh bien ! lui cria-t-elle, n’êtes-vous pas ridicule ?
À quoi sert le talent si vous faites le kéké ?
Moi, l’emporter ! et pourtant que serait-ce
Si vous pensiez enfin à vous bouger les fesses ? »
Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes est évidemment fortuite.
Mais voyons le bon côté des choses : il aura fallu attendre ce match pour que les joueurs parisiens et leur entraîneur prennent enfin conscience d’un mal qui les ronge depuis des semaines, de ce complexe de supériorité qui les pousse à ne jouer que dix minutes par match. Par sa faute, le lièvre sera peut-être en fin de saison le dindon de la farce. Foi de lynx, ce serait vraiment trop bête.



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